Ancien site d’extraction de pierres et concassés dédiés à la construction de plusieurs (infra)structures Montréalaises, la carrière Francon subsiste aujourd’hui comme vide résiduel. À l’origine de son existence, cette carrière, ainsi que sa voisine, la carrière Miron, représentaient un lien socio-économique auprès des Michelois et Micheloises, dont bon nombre d’entre eux y œuvraient, tout à fait conscients de son importance régionale. Cependant, cette relation est rompue lorsque les activités d’extraction de la carrière seront stoppées dans les années 1980, alors qu’elle sera graduellement transformée en dépotoir à neige monumental. Dès lors, la carrière subsistera comme une ruine énigmatique infranchissable, désert inconnu, mais débordante de potentiel, ne servant qu’à l’appareil utilitaire de la Ville, dépourvue de tout rapport communautaire philanthropique. Le potentiel inhérent à ses caractéristiques morphologiques, artificielles certes, n’aura jamais été mis à profit pour le bien collectif au-delà de sa fonction actuelle, et ce, malgré sa centralité et proximité au sein du quartier.

Alors que la carrière Miron fut utilisée comme dépotoir à déchets pendant près de 25 ans, pour ensuite devenir le parc Frédéric-Back d’aujourd’hui, quel usage futur, symbolique et bénéfique pour l’Île, peut-on imaginer pour la carrière Francon ? Comment promouvoir l’assainissement environnemental de demain par ses caractéristiques intrinsèques : bassin urbain monumental et étanche ; topographie artificielle singulière ; lieu de restauration naturelle ; symbole communautaire ? Comment cicatriser cette plaie socio-politique au profit de la communauté immédiate, longtemps délaissée ? D’une certaine importance historique, la carrière peine encore à trouver sa vocation définitive.

Le projet proposé s’insère donc dans cette période de stagnation à l’égard du développement de la carrière (en effet, plusieurs tentatives de réutilisation adaptative ont eu lieu en vain), mais aussi à un moment critique de l’Anthropocène (l’Ère de l’Homme). Avec la concrétisation des impacts du réchauffement climatique anthropogénique actuel et prévu d’ici la fin du 21e siècle, il est présumé (par les experts environnementaux du IPCC) qu’une multitude de systèmes, aussi bien naturels qu’artificiels, seront perturbés/entravés/paralysés, à différentes échelles, mettant ainsi en péril la pérennité du monde telle que nous le concevons à l’heure actuelle. Nous retrouvons, entre autres, les coraux en eau chaude, les pêcheries à basse altitude, les régions arctiques, les terres agricoles, les inondations côtières ainsi que les écosystèmes terrestres parmi ces systèmes cruciaux à risque.

Le projet de réutilisation adaptative de la carrière Francon présente une proposition évolutive, une approche continue en ce qui concerne notre patrimoine industriel. La nouvelle exploitation ambitionne une symbiose mutualiste, soit une symbiose aux bénéfices mutuels entre les différents acteurs du site ; habitants, faune, et flore. Plus spécifiquement, le dessein proposé étudie et condense en un seul lieu des thèmes tels que la phytoépuration à grande échelle et la réutilisation des eaux usées et de la neige polluée, l’harmonisation/l’appropriation d’un site hostile, la réutilisation d’une matière constructive locale, et l’emploi d’un écosystème à vocation environnementale, culturelle, récréative et éducative.

Type : Atelier Barda était invité, aux côtés de 14 firmes d’architecture, à réinventer de grandes infrastructures montréalaises, projetées en 2067. Figure-fond est la proposition  du studio dans le cadre de l’exposition MTL+ du Musée de l’Environnement de la Biosphère, Parc Jean-Drapeau, en collaboration avec leDr. Rafael Ziegler, philosophe de l’Institut de l’Environnement, du Développement Durable et de l’Économie Circulaire (EDDEC). | Collaborateurs : Étienne Issa, M. arch., Laurence Leroux-Lapierre (M. arch) | Statut : complété | Ville : Montréal, Québec | Exposition : Musée de l’Environnement de la Biosphère | Juin 2019